Journée des coutumes et traditions : « Chacun doit être libre de pratiquer sa religion en toute quiétude », selon Boubacar Ben Sidi Compaoré alias Bâton de Moïse
À l’occasion de la célébration de la Journée des coutumes et traditions, célébrée chaque 15 mai au Burkina Faso, nous avons rencontré Boubacar Ben Sidi COMPAORÉ, traditionaliste. Dans cette interview réalisée le mercredi 13 mai 2026, il évoque les préparatifs de cette journée, l’importance des pratiques ancestrales, leur rôle dans la cohésion sociale ainsi que la nécessité, selon lui, de préserver les valeurs culturelles africaines tout en s’adaptant à la modernité.
Comment se passent les préparatifs pour le 15 mai, Journée des coutumes et traditions ?
Les préparatifs se passent très bien. Après le culte, nous allons nous rendre au terrain de Saaba afin de nous retrouver, célébrer et manifester notre attachement aux traditions jusqu’à l’aube.
Que représente pour vous la Journée des coutumes et traditions célébrée chaque 15 mai ?
Cette journée représente une connexion avec les valeurs ancestrales pour la guidance de l’âme. C’est ainsi que nous la comprenons.
Quand vous parlez de “guidance de l’âme”, qu’entendez-vous exactement ?
Quand on parle de religion, de manière générale, il s’agit de guider les âmes. L’être humain est composé du corps, de l’âme et de l’esprit. L’âme doit être guidée, car beaucoup de personnes possèdent leur âme sans réellement comprendre son fonctionnement. Le 15 mai permet donc, selon moi, de se reconnecter aux ancêtres afin de recevoir cette guidance et évoluer dans la vie.
Quel rôle les traditions et les pratiques ancestrales jouent-elles aujourd’hui dans l’éducation des jeunes ?
Les coutumes permettent à la jeunesse de comprendre comment fonctionne le monde. À l’école déjà, on nous apprend à nous orienter. S’orienter, c’est avoir une boussole qui permet d’aller d’un point A à un point B, puis de revenir.
Le monde est vaste et complexe. Si une personne n’a pas de repères, cela devient difficile pour elle de retrouver son chemin. Voilà pourquoi chacun doit savoir d’où il vient afin de savoir où il veut aller.
Quel rôle les pratiques ancestrales jouent-elles aujourd’hui dans la cohésion sociale ?
Les pratiques ancestrales permettent aux gens de mieux se connaître et de comprendre que le Burkina Faso est un seul pays et une seule famille. À travers les rites coutumiers et les échanges, on découvre que les familles sont liées entre elles par les mariages, les ancêtres et les générations passées.
Cela permet de comprendre que nous venons d’une même base, même si chacun est libre de suivre le chemin qui lui convient.
Certaines personnes considèrent les pratiques traditionnelles comme dépassées. Quel message leur adressez-vous ?
Le traditionalisme ne peut pas être considéré comme dépassé. Être traditionaliste, c’est d’abord s’assumer, s’accepter et reconnaître ses origines.
À ceux qui pensent que les pratiques ancestrales sont dépassées, je demande de revenir à la source et de chercher à comprendre d’où ils viennent. La maladie d’un arbre se soigne à la racine. Si l’on ignore ses racines, il devient difficile de se reconstruire.
Chaque peuple possède sa culture pour se connecter à ses ancêtres et au divin. Chacun doit donc être libre de pratiquer sa religion en toute quiétude.
Dans les cérémonies coutumières comme dans certains mariages religieux, on retrouve souvent différents symboles : la cola, les dattes, les bonbons ou encore l’argent. Cela montre que les hommes n’ont pas les mêmes goûts ni les mêmes sensibilités, mais peuvent coexister.
L’essentiel est que chacun puisse suivre la voie dans laquelle il se sent en paix afin d’accomplir sa mission de vie.
Comment conciliez-vous modernité et respect des traditions africaines sans perdre votre identité culturelle ?
La modernité ne doit pas empêcher les pratiques ancestrales. L’évolution fait partie de la vie humaine et chacun cherche naturellement à évoluer avec son époque.
On peut vivre avec la modernité sans renier ses origines. Rouler en voiture, utiliser les nouvelles technologies ou adopter certaines habitudes modernes ne signifie pas abandonner son identité culturelle.
Boubacar Ben Sidi COMPAORÉ, alias Bâton de Moïse, animiste
Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. Nous restons liés à nos ancêtres, à travers notre sang, notre histoire et nos traditions. Si nos ancêtres vivaient encore aujourd’hui, eux aussi évolueraient avec le monde.
Quel appel lancez-vous aux autorités et à la jeunesse burkinabè pour la préservation des coutumes et traditions ?
J’appelle les autorités et la jeunesse à préserver les coutumes et traditions, car elles constituent notre identité culturelle.
Une personne qui ignore ses origines aura des difficultés à s’orienter dans la vie. Chaque ethnie possède ses valeurs culturelles et ses totems. C’est cette culture qui définit l’identité profonde de l’être humain.
Beaucoup pensent que le traditionalisme est lié à la sorcellerie ou au mal. Pourtant, dans toutes les pratiques du monde, il existe le bien et le mal. La connaissance en elle-même est neutre. Tout dépend de la manière dont l’être humain l’utilise.
Une mauvaise personne peut utiliser une bonne connaissance pour faire du mal, tandis qu’une bonne personne peut transformer une connaissance négative en quelque chose de positif.
L’essentiel est donc d’être juste, honnête et clair dans ses actions.